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LA CITATION DE LA SEMAINE

L'insatisfaction, certes il l'avait dès l'adolescence tenue pour l'essence même, le fond intime du talent.

Thomas Mann, La mort à Venise (1913).Traduit par Félix Bertaux et Charles Sigwalt, Fayard, 1947. Ch. I, p. 40.


Tout vieillard est un aveu, allez, et si tant de vieillesses sont vides, c'est que tant d'hommes l'étaient et le cachaient.

André Malraux, La condition humaine, Gallimard 1946.


On commence à écrire parce qu'on aime trop la vie, parce qu'on l'aime tant qu'on en déborde; pour l'étreindre et la prendre, en insatiable amant. On continue parce qu'on s'est aperçu qu'elle était contingente et qu'on rêve toujours d'absolu; et l'on croit qu'on résoudra tout, puisque apprendre à rêver la vie, c'est apprendre à écrire – et qu'écrire, c'est apprendre à vivre. Ce n'est que plus tard qu'on découvre, un peu surpris, que seul écrire est vrai, que ce rêve ne renvoie qu'à lui-même.

Pierre Maldonado, La lumière et la nuit, Vertiges du Nord/ Carrere, 1987, p.562.


– Je dis seulement...

– Quoi, P'pa?

– Quand une fille se maquille, elle commence déjà à mettre un pied dehors. L'ombre à paupières, le rouge à lèvres, c'est toi en train de me quitter. Pourquoi tu peux pas rester une petite fille?

Tiffany McDaniel, Betty. Traduit de l'américain par François Happe. Éditions Gallmeister, 2020, p. 549.


Travailler, toujours travailler, en gardant l'espoir, en gardant la foi, jusqu'à ce que la jeunesse soit à jamais perdue. J'ai vu si souvent ce genre de choses. Un petit talent, c'est la plus grave malédiction de Dieu.

Carson McCullers, Le coeur hypothéqué, traduit de l'américain par Jacques Tournier. Livre de Poche Biblio, p. 219.


 

(...) mais je ne demande plus

– Qu'est-ce que je ressens?

parce que je sais ce que je ressens, je ressens que je suis en train de construire un barrage avec des petits bouts de bois et des cailloux pour stopper non pas l'eau de pluie mais le temps...

Antonio Lobo Antunes in La nébuleuse de l'insomnie (2008). Traduit du portugais par Dominique Nédellec, Christian bourgois, 2012, p.247.


Je n'ai jamais appris à écrire sur un sujet, je pars toujours d'une phrase. Il y a une phrase de moi ou de quelqu'un d'autre, et voilà mon point de départ. Une seule phrase, isolée. Puis j'essaye de voir quelles autres phrases se cachent derrière la première.  Il y en a beaucoup qui voudraient y trouver leur place, mais elles ne sont pas authentiques, elles sont simulées. Les phrases authentiques se font bousculer par les autres.

Avec le temps j'ai appris qu'il est inutile de s'y opposer, mieux vaut laisser venir toutes celles qui en ont envie. Quand toutes les phrases qui en ont eu envie sont apparues, arrive la partie la plus amusante, choisir celles qui resteront.

Carlos Liscano, Celui qui écrit (1993), in Le rapporteur, traduit de l'espagnol (Uruguay) par Jean-Marie Saint-Lu, 10/18, p. 249.


Où mène ce que je suis en train de faire? Si je savais où ça mène, je ne l'écrirais pas. Parce que, écrire, c'est ça: partir sans savoir où on va arriver. Sans même savoir si on arrivera quelque part.

Carlos Liscano, L'écrivain et l'autre (2007), traduit de l'espagnol (Uruguay) par Jean-Marie Saint-Lu. Belfond, 2010, p. 17.


Melker éprouvait parfois une pointe de jalousie en voyant son fils cadet. Pourquoi ne pouvait-on pas conserver toute la vie cette capacité à considérer la terre, l'herbe, le bruit de la pluie et les étoiles comme des merveilles et des miracles?

Astrid Lindgren, Nous, les enfants de l'archipel. (1964). Traduit du suédois par alain Gnaedig, L'école des loisirs, 2022, p. 162.


L'écriture est un moyen excellent pour réveiller le système qui dort en tout homme, et quiconque a jamais écrit a bien vu que l'écriture éveille toujours ce dont nous n'avions pas une claire conscience, bien que ce fût en notre sein.

Georg Christoph Lichtenberg, Le Miroir de l'Âme, (J19). Traduit de l'allemand par Charles Le blanc, José Corti, p. 384.


Rien ne fait vieillir plus rapidement que la pensée toujours présente que l'on vieillit. Je ressens cela fortement, cela appartient à mon habitude de sucer du poison.

Georg Christoph Lichtenberg, Le Miroir de l'Âme, (K55). Traduit de l'allemand par Charles Le blanc, José Corti, p. 479.


Je voulais que tu comprennes quelque chose, que tu voies ce qu'est le vrai courage, au lieu de t'imaginer que c'est un homme avec un fusil dans la main. Le courage, c'est de savoir que tu pars battu, mais d'agir quand même sans s'arrêter. Tu gagnes rarement mais cela peut arriver.

Harper Lee, Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur (1960). Traduit de l'anglais par Isabelle Stoïanov, Éditions Le Fallois, LGF, p. 177.


Tout le monde se plaint de sa mémoire, et personne ne se plaint de son jugement.

François de La Rochefoucauld, Réflexions ou Sentences et maximes morales (1665). N°89.


Ah! il faut que ces bruits et que ce mouvement

Entrent dans mes poèmes et disent

Pour moi ma vie indicible, ma vie

D'enfant qui ne veut rien savoir, sinon

Espérer éternellement des choses vagues.

Valery Larbaud, Ode in Les poésies de A.O. Barnabooth. Poésie/Gallimard, p. 26.


La seule chose qui nous reste face à cette inéluctable défaite qu'on appelle la vie est d'essayer de la comprendre. C'est là la raison d'être de l'art du roman.

Milan Kundera, Le rideau (essai en sept parties), Éditions Gallimard, 2005, p. 23.


Goldberger était mort depuis de nombreuses années. Plus rien n'était comme autrefois dans l'existence d'Elisabeth. Quand elle voyait les autos passer en trombe et presque sans un bruit sur la grand route, les tracteurs de plus en plus imposants sillonner les champs et accomplir les travaux de toute sorte en solitaire ou peu s'en fallait, des avions traverser de loin en loin le ciel et laisser derrière eux des traînées blanches qui n'étaient pas des nuages, elle comprenait qu'elle avait fait son temps. L'époque contemporaine n'était plus la sienne.

Reinhard Kaiser-Mühlecker, Lilas rouge. Traduit de l'allemand (autriche) par Olivier Le Lay, Éditions Verdier, 2021, p.321.


Mais j'écrirai en dépit de tout, à tout prix; c'est ma manière de me battre pour me maintenir en vie.

Franz Kafka, Journal, 31 juillet 1914. Traduit de l'allemand par Marthe Robert. Édition Les Cahiers Rouges, Grasset, 1954, p. 407.


La connaissance de moi-même est bien misérable, comparée par exemple à la connaissance que j'ai de ma chambre.

Franz Kafka, Cahier in-octavo (1916-1918), traduit par Pierre Deshusses. Payot/Rivages 2009, p.163.


Et l'on finit par penser que toutes les choses essentielles ne peuvent être abordées qu'avec des détours, ou obliquement, presque à la dérobée. Elles-mêmes, d'une certaine façon, se dérobent toujours. Même, qui sait ? à la mort.

Philippe Jaccottet, Paysages avec figures absentes, Poésie/Gallimard, 1970, p.22.


Karen était tellement soulagée de te voir reprendre goût à la vie qu'elle n'osait pas demander si tu avais renoncé à l'idée d'écrire un livre. Ainsi, tu appris à vivre au jour le jour et à marcher très doucement sur la mince croûte de normalité qui s'était formée sur la plaie purulente de tes espoirs.

Nancy Huston, Cantique des plaines, Actes Sud (Babel) 1993, p.263.


Le domaine de la poésie est illimité. Sous le monde réel, il existe un monde idéal, qui se montre resplendissant à l'oeil de ceux que des méditations graves ont accoutumés à voir dans les choses plus que les choses. Les beaux ouvrages de poésie en tout genre, soit en vers, soit en prose, qui ont honoré notre siècle, ont révélé cette vérité, à peine soupçonnée auparavant, que la poésie n'est pas dans la forme des idées, mais dans les idées elles-mêmes. La poésie, c'est tout ce qu'il y a d'intime dans tout.

Victor Hugo, Préface des Odes et Ballades (1822), Édition Hetzel, 1880, p.6.


(...) Les poèmes sont comme les coupes de peu d'apparence mais enchantées, où chacun voit la richesse de son âme, mais où les âmes indigentes ne voient presque rien.

Hugo von Hofmannsthal, Poésie et vie (1896), in Lettres de Lord Chandos, trad. Albert Kohn, Poésie/ Gallimard, p.29.


Le docteur pensait que la source de la plupart de nos malheurs était ce besoin que nous avons presque tous d'être quelque part ailleurs ou quelqu'un d'autre.

Jim Harrison, Nord-Michigan (1976), traduit de l'américain par Sara Oudin. Éditions Robert Laffont, 10/18, p. 215.


Et quand la hache mord dans le bois, trouve le réconfort à te dire que la douleur de ton coeur et la confusion de ton âme signifient que tu es toujours vivant, toujours humain, et toujours ouvert à la beauté du monde, même si tu n'as rien fait pour la mériter. Et lorsque la douleur de ton coeur te contrarie, souviens-toi: bien assez tôt tu seras mort et enterré.

Howard fendant du bois dans le froid in Paul Harding, Les foudroyés (2010). Traduit de l'anglais (USA) par Pierre Demarty. Cherche Midi, 10/18, p. 73.


Faurel se posait des questions sur la valeur de cette vie, sur l'héroïsme d'en contempler l'absurdité.

– Et pourtant, dit-il, le sens de cette vie...

– La question n'est pas de savoir quel est le sens de cette vie, trancha Lucien. La seule question, c'est de savoir : que pouvons-nous faire de cette vie?

Louis Guilloux, Le sang noir. Gallimard, 1935. Folio 1985, p. 535.


Le temps est le milieu transparent où les hommes naissent, se meuvent et disparaissent sans laisser de traces. (...)

Mais une toute autre compréhension du temps venait de naître en Krimov. Cette vision particulière qui fait dire: «De mon temps... ce n'est pas notre temps...» (...) Voici un homme, il respire, il pense, il pleure mais ce temps unique, particulier, qui lui est propre et qui n'appartient qu'à lui, est parti, envolé, ce temps a disparu. Mais l'homme reste.

Rien n'est plus dur que d'être orphelin du temps. Rien n'est plus dur que le sort du mal-aimé qui n'est pas de son temps.

Vassili Grossman, Vie et Destin. Traduit du russe par Alexis Berelovitch. Éditions l'Âge d'homme, 1980, p. 54.


Écrivain: quelqu'un qui croit sentir que quelque chose, par moments, demande à acquérir par son entremise le genre d'existence que donne le langage.

Julien Gracq, En lisant en écrivant in Oeuvres complètes, Pléiade, t. II, p. 667.


Elle leva son verre d'orangeade, en dégusta une gorgée.

– J'ai beaucoup réfléchi, continua-t-elle. La vie ne vaut la peine d'être vécue que si on a une chance d'obtenir ce qu'on veut.

David Goodis, Le casse. Traduit de l'américain par L. Brunius. Gallimard, Carré noir n°316, p.135.


La vie et le roman sont une illusion, l"illusion de se trouver soi-même. Mais ne possède-t-on pas en soi-même ce dont on ignore la nature et qui n'est encore ni certain ni créé, parce que la nature invente l'arbre mais pas l'armoire?

Ramón Gómez de la Serna, Prologue aux romans de la Nébuleuse (1946), in L'homme perdu. Traduit de l'espagnol par François Durazzo. André Dimanche Éditeur, p.15.


Le romancier est celui qui vous apprend à profiter de la vie avant de mourir.

Ramón Gómez de la Serna, Prologue aux romans de la Nébuleuse (1946), in L'homme perdu. Traduit de l'espagnol par François Durazzo. André Dimanche Éditeur, p.22.


Bien des gens ont la présomption de vouloir lire, sans études préalables, sans connaissances préliminaires, toute espèce d'ouvrages. Il ne savent pas le temps et la peine qu'il en a coûté à tel individu pour apprendre à lire: j'y ai consacré quatre-vingts ans et ne puis pas dire encore que je sois arrivé au but.

Goethe, Entretiens de Goethe et d'Eckermann, Paris Collection Hetzel, 1862, p.248.


Il faut étendre le plus possible le domaine de son intelligence, mais borner son activité spéciale à un seul objet, pratiquer un seul art, ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse traiter des sujets de nature diverse. (...)

En somme, le grand art consiste à se borner et à se concentrer.

Goethe, Entretiens de Goethe et d'Eckermann, Paris Collection Hetzel, 1862, p. 65.


 

Il était un pauvre serpent qui collectionnait toutes ses peaux. C'était l'homme.

Jean Giraudoux, Lia in Sodome et Gomorrhe, Acte I, scène 3. Éditions Bernard Grasset 1947, p. 67.


Il ne me suffit pas de lire que les sables des plages sont doux; je veux que mes pieds nus le sentent... Toute connaissance que n'a pas précédée une sensation m'est inutile.

André Gide, Les Nourritures terrestres (1897), Éditions Folio 1997, p. 32.


Car, je te le dis en vérité, Nathanaël, chaque désir m'a plus enrichi que la possession toujours fausse de l'objet même de mon désir.

André Gide, Les Nourritures terrestres (1897), Éditions Folio 1997, p. 21.


Il y a en nous un fonds d'humanité qui change moins qu'on ne croit. Nous différons très peu, en somme, de nos grands-pères.

Anatole France, Le jardin d'Epicure. Calman-Levy, 1895, p. 46.


(...) j'ai eu besoin de quitter la littérature pour retrouver la vie et le sentiment d'un but. L'humanité ne perd rien lorsqu'un écrivain décide de se taire. Quand un arbre tombe dans la forêt, qui s'en préoccupe sinon les singes?

Richard Ford, Un week-end dans le Michigan. (1986). Éditions Payot 1990, p. 66.


Dans le milieu du livre se trouvait une feuille blanche bordée d'un filet d'or sur laquelle une sentence était inscrite; et cette sentence quant à elle disait ceci: «Chacun a devant soi une image de ce qu'il doit devenir. Tant qu'il ne l'est pas, il n'est jamais parfaitement en paix.»

Theodor Fontane, Le Comte Petöfy (1884). Traduction de l'allemand par Denise Modigliani. Le Serpent à Plumes, 1997, p. 206.


La vie, il y a dix ans, était pour une bonne part affaire personnelle. Il fallait tenir en équilibre le sentiment de la futilité de l'effort et le sentiment de la nécessité du combat; la conviction de l'inéluctabilité de l'échec et pourtant la résolution de «réussir» (...)

F. Scott Fitzgerald, La Fêlure (1936). Gallimard, Du monde entier, 1963, p. 342.

Cave canem est écrit pour toujours au-dessus de ma porte. J'essaierai d'être un animal aussi correct que possible, et si vous me jetez un os avec assez de viande dessus je serai peut-être même capable de vous lécher la main.

F. Scott Fitzgerald, La Fêlure (1936). Gallimard, Du monde entier, 1963, p. 358.


Un jour j'ai remarqué. Tout avait cessé d'avoir de l'importance pour la personne entière que je suis et j'étais devenu froid manipulable comme dans un jeu d'échecs. Comme c'est extraordinaire, ma chérie. Avoir eu le monde dans la main et avoir maintenant un ballon crevé. Avoir eu un pas ferme et marcher maintenant sans trouver l'équilibre.

Virgilio Ferreira, Lettres à Sandra. Traduit du portugais par Marie-Hélène Piwnik. Gallimard NRF, 2000, p. 105.


Quelle sottise de croire que l'on peut se raconter à ses enfants avant qu'ils aient au moins cinquante ans! Prétendre qu'ils nous voient comme une personne et non comme une fonction. Leur dire: je suis votre histoire, c'est avec moi que vous commencez, écoutez-moi, cela pourrait vous servir.

Elena Ferrante, Poupée volée. Traduit de l'italien par Elsa Damien. Gallimard, Folio, 2009, p. 112.


Elsa pense: celle qui ne veut pas éloigner les autres devra taire son chagrin. Et si elle vit seule des années durant, dans le regret et la peine, elle devra taire le regret et la peine, parce qu'ils ne sont jamais longtemps audibles à la patience limitée des autres. C'était navrant mais vrai. Et secret.

Alice Ferney, Paradis conjugal. Albin Michel (Babel) 2008, p. 221.


C'est la marque d'un petit esprit de s'en prendre à autrui lorsqu'il échoue dans ce qu'il a entrepris; celui qui exerce sur soi un travail spirituel s'en prendra à soi-même; celui qui achèverea ce travail ne s'en prendra ni à soi ni aux autres.

Epictète, Le Manuel. Traduit du grec par Myrto Gondicas. Editions Arléa, 1995, p. 17.


L'écriture c'est l'inconnu. Avant d'écrire on ne sait rien de ce qu'on va écrire. Et en toute lucididté. (...)

Si on savait quelque chose de ce qu'on va écrire, avant de le faire, avant d'écrire, on n'écrirait jamais. Ce ne serait pas la peine.

Écrire c'est tenter de savoir ce qu'on écrirait si on écrivait – on ne le sait qu'après – avant, c'est la question la plus dangereuse que l'on puisse se poser. Mais c'est la plus courante aussi.

Marguerite Duras, Écrire. Gallimard, Folio, 1993, p.52.


Sachez donc qu'il n'est rien de plus noble, ni de plus fort, ni de plus sain, ni de plus utile dans la vie qu'un beau souvenir, surtout s'il remonte encore à l'enfance, à la maison paternelle.

Dostoïevski, Les frères Karamazov (Épilogue). Traduit du russe par Élisabeth Gertik. Livre de Poche, t. II, p. 478.


J'admets que «deux fois deux: quatre» est une chose excellente, mais s'il faut tout louer, je vous dirai que «deux fois deux: cinq» est aussi parfois une petite chose bien charmante.

Dostoïevski, Le sous-sol.Traduit du russe par Boris de Schloezer. Pléiade L'Adolescent, p. 713.


En effet, je me pose aujourd'hui cette question bien oiseuse. Qu'est-ce qui est préférable: un bonheur vulgaire ou des souffrances élevées? Dites-moi un peu ce qui vaut mieux!

Dostoïevski, À propos de neige fondue. Traduit du russe par Boris de Schloezer. Pléiade L'Adolescent, p. 797.


Je permets à chacun de penser à sa manière, pourvu qu'on me laisse penser à la mienne.

Denis Diderot, Entretien d'un philosophe avec la Maréchale De*** (1776).


(...) à la longue, nous en avons usé avec les mots comme avec les pièces de monnaie. Nous ne regardons plus à l'empreinte, à la légende, au cordon, pour en connaître la valeur. Nous les donnons et nous les recevons à la forme et au poids. Ainsi des mots, vous dis-je. Nous avons laissé là de côté l'idée et l'image, pour nous en tenir au son et à la sensation. Un discours prononcé n'est plus qu'une longue suite de sons et de sensations primitivement excitées. (...) Sans cette abréviation nous ne pourrions converser. Il nous faudrait une journée pour dire et apprécier une phrase un peu longue.

Denis Diderot, Promenade Vernet (Salon de 1767). Livre de Poche Libretti, p.69.


L'âge venant, on n'espère plus qu'une chose: bénéficier de rallonges. Plus rien à attendre de personne. Ni faire de l'argent ou une oeuvre, ni travailler à asseoir et avancer une carrière. Fini, ça. Tout ce qui peut vous arriver, est arrivé déjà et, tout ce qui peut advenir, viendra maintenant trop tard. Quel soulagement d'en être là! C'est la liberté, la vraie. Enfin vous respirez. vous n'avez plus en tout et pour tout que le destin comme compagnon.

Mohammed Dib, Autoportrait in Laëzza. Éditions Albin Michel, 2006, p. 126.


C'est peut-être vrai que la mort est un grand trou vide, et que le chagrin consiste à savoir jusqu'à quel point ce trou est vide.

Stig Dagerman, L'enfant brûlé (1948). Traduit du suédois par E.Backlund. Gallimard, L'imaginaire, p. 38.


Tout à coup, – il faisait presque nuit dans la chambre – le père s'apercevait que son petit garçon venait de s'endormir, la tête sur son bras replié, parmi l'écroulement du dernier château de cartes.

« Ah! ah! disait joyeusement le brave homme, le marchand de sable a passé.»

L'exquise minute! Il ne l'oubliera jamais, le gamin qui a les cheveux gris maintenant! Sa mère le prenait dans ses bras, et il sentait la barbe rude de son père et les lèvres fraîches de ses trois soeurs se poser tour à tour sur son front ensommeillé.

François Coppée, L'invitation au sommeil (in Contes rapides, Librairie A. Lemerre, Paris 1889, p. 56)


Presque toujours, pour vivre en repos avec nous-mêmes, nous travestissons en calculs et en systèmes nos impuissances ou nos faiblesses: cela satisfait cette portion de nous qui est, pour ainsi dire, spectatrice de l'autre.

Benjamin Constant, Aldolphe, (1816). Classiques Garnier (1963), p. 38.


«En naissant, un homme tombe dans un rêve comme on tombe à la mer. S'il veut se débattre pour en sortir, comme font les gens sans expérience, il se noie... nicht wahr?... Non, je vous le dis, ce qu'il faut, c'est s'abandonner à l'élément destructeur, et s'arranger, à force d'efforts des mains et des pieds dans l'eau, pour que la mer profonde, profonde, vous soutienne. Voilà, si vous me le demandez, comment on peut arriver à "être".»

Joseph Conrad, Lord Jim. Traduit de l'anglais par Philippe Neel. Gallimard 1921. Livre de Poche p. 256.


«Quelle étrange sensation de n'être plus un fils! dit Ninian. C'est le plus profond des changements. Je me sens déraciné, projeté seul dans l'avenir. Il me sera difficile de jeter l'ancre à nouveau.»

Ivy Compton-Burnett, La chute des puissants. Traduit de l'anglais par Lola Tranec. Gallimard, 1967, p. 209.


Il faudrait dire expiration au lieu d'inspiration. C'est de notre réserve, de notre nuit, que les choses nous viennent. Notre oeuvre préexiste en nous. Le problème consiste à la découvrir (invenire). Nous n'en sommes que les archéologues.

Jean Cocteau, Entretiens sur le cinématographe, Ramsey Poche Cinéma, 1986, p. 87.


Tout ce qui nous arrive, tout ce qui compte pour nous ne présente aucun intérêt pour autrui: c'est à partir de cette évidence qu'il nous faudrait élaborer nos règles de conduite.

Cioran, Pensées étranglées. Gallimard, Folio Sagesses, p. 72.


Malheur à l'écrivain qui ne cultive pas sa mégalomanie, qui la voit baisser sans réagir. Il s'apercevra bientôt qu'on ne devient pas normal impunément.

Cioran, Aveux et anathèmes, Éditions Gallimard, 1987, p.18.


Si l'on ne change pas la vie en mots, il n'y aura rien. La langue est le seul moyen de ressusciter. Il est dit: «Le Verbe a créé le monde et par le Verbe nous ressusciterons. »

Mikhaïl Chichkine, Dans une barque gravée sur un mur, in Le manteau à martingale, traduit du russe par Maud Mabillard. Éd. Noir sur Blanc, 2020, p. 136.


Ainsi passe sur la terre tout ce qui fut bon, vertueux, sensible! Homme, tu n'es qu'un songe rapide, un rêve douloureux; tu n'existes que par le malheur; tu n'es quelque chose que par la tristesse de ton âme et l'éternelle mélancolie de ta pensée!

Chateaubriand, Atala (Épilogue). R. Simon, éditeur, 1934, p. 132.


Nous sommes de ceux qui regardent à dessein par la portière du wagon car nous aimons cette seconde si chargée qui brûle encore après que ce qui nous emporte a fui. Ah! le prix de cette escarbille.

René Char, À une sérénité crispée (1950), in Poèmes et prose choisis, Gallimard 1957, p.234.


Les prétentions sont une source de peine, et l'époque du bonheur de la vie commence au moment où elles finissent. (...) Il vaut mieux être moins et être ce qu'on est, incontestablement.

Chamfort, Maximes, XLII


Un écrivain ne doit jamais s'installer devant un panorama, aussi grandiose soit-il. (...) Comme Saint Jérôme, un écrivain doit travailler dans sa cellule. Tourner le dos.

Blaise Cendrars, L'homme foudroyé. Denoël, 1945. (Livre de Poche, p. 105).


Mais il ne faut jamais revenir au jardin de son enfance qui est un paradis perdu, le paradis des amours enfantines!

Blaise Cendrars, Bourlinguer, Éditions Denoël, 1948, p.96.


– Et voilà, dit-il. L'histoire est finie. Une anecdote de deux sous.

– Elle m'a intéressée, répond la fille.

Il hausse les épaules et va se planter devant la fenêtre, le verre à la main. Il commence à faire noir maintenant, mais il neige toujours.

– Les choses changent, murmure-t-il. Je ne sais pas comment ni pourquoi mais elles changent sans que l'on s'en rende compte ni qu'on le désire.

Raymond Carver, Au temps des oies sauvages, in Parlez-moi d'amour. Traduit de l'américain par Gabrielle Rollin.

Éditions Mazarine, 1986. Livre de Poche Biblio p.106.


Je m'arrête avant d'être submergé par la tentation de recopier Crime et Châtiment en entier. Pendant un instant, je crois comprendre ce qui a dû être le sens et l'attrait d'une vocation désormais inconcevable: celle de copiste. Le copiste vivait dans deux dimensions temporelles en même temps, celle de la lecture et celle de l'écriture; il pouvait écrire sans l'angoisse du vide qui s'ouvre devant la plume; lire sans l'angoisse que son acte propre manque de se concrétiser en rien de matériel.

Italo Calvino, Si par une nuit d'hiver un voyageur (1979). Traduit de l'italien par Danièle Sallenave et François Wahl.

Éditions du Seuil, Points, 1995, p.198.


Qu'est-ce que j'attendais? N'étais-je pas assez convaincu de la brièveté de notre existence? On a à peine vu clair que c'est déjà la fin. Batailler, s'imaginer qu'on va bouleverser le monde pour avoir torché quelques milliers de pages et raconté, et décanté sa petite tranche de vie en long et en large. La belle affaire! Contente-toi de manger ta soupe en regardant les étoiles.

Louis Calaferte, Septentrion, éditions Denoël 1984. Folio p. 372.


 

Dans cette anxiété souveraine qui s'empare de chaque homme au sortir de l'enfance, à l'heure où le pressentiment l'envahit qu'il lui faudra marcher seul, tous ponts coupés, au rendez-vous de sa mort sans modèle, dans cette extraordinaire anxiété qu'il faut bien déjà nommer un effroi divin, l'homme cherche un compagnon afin de s'avancer avec lui, la main dans la main, vers le porche obscur, et pour peu que l'expérience lui ait appris quel délice il y a sans conteste à coucher auprès de son semblable, le voici persuadé que cette très intime union des épidermes pourra durer jusqu'au cercueil.

Hermann Broch, Les Somnambules (II - Esch ou l'anarchie), 1931. Traduit de l'allemand par P. Flachat et A. Kohn. Gallimard, 1956, p.220.


Quand tu ne sais pas ce que tu fais et que ce que tu fais est le meilleur, c'est cela l'inspiration.

Robert Bresson, Notes sur le cinématographe, Éditions Gallimard, 1975, p. 83.


Depuis longtemps déjà les gens intelligents ont noté que le bonheur c'est comme la santé : quand il est là, on ne s'en aperçoit pas. Mais que les années viennent à passer, et alors comme on s'en souvient du bonheur, oh, comme on s'en souvient !

Mikhaïl Boulgakov, Morphine (1927). Traduit du russe par Paul Lequesne. L'Âge d'homme, Biblio Poche, p. 105.


Ma page se couvre de mots,

qui traduisent peut-être

mes légers sentiments,

les libellules de mon âme

et les gouffres béants de ma mémoire.

Alain Bosquet, Lettre d'amour, in Demain sans moi (Gallimard, 1994).


Ensuite les années furent rapides, les premières années en descente, celles qui, de la jeunesse, ont encore la fougue, mais une fougue d'inertie. La première partie se fait à toute allure, presque volontiers, avec, dirait-on, les forces accumulées en montant; on laisse la cime derrière soi, sans se retourner pour la regarder; plus bas, on reprend le frein; une autre rampe commence, plus longue, plus douce; et c'est la vieillesse.

Giuseppe Antonio Borgese, Le veuf  in Les Belles (1924-1929). Traduit de l'italien, L'Étrangère, Gallimard, p. 134.


Tout en ayant conscience que rien n'est jamais certain, que rien n'est jamais parfait, nous devons, même au milieu de la pire incertitude et des pires doutes, entreprendre et poursuivre la tâche que nous nous sommes donnée. Si nous renonçons toujours avant même d'avoir commencé, nous finissons dans le désespoir, et, pour finir, nous ne pouvons sortir de ce désespoir définitif et nous sommes perdus. (...) Si nous avons au moins la volonté d'aller jusqu'à l'échec, nous pouvons aller de l'avant, et, pour chaque chose et en tout, nous devons avoir chaque fois au moins la volonté d'aller jusqu'à l'échec, si nous ne voulons pas sombrer tout de suite, et ce n'est tout de même pas pour cela que nous sommes là.

Thomas Bernhard, Oui (1978). Traduit de l'allemand par Jean-Claude Hémery, Gallimard 1980, Folio p.50.


Si je me sentais du goût pour la besogne que j'entreprends aujourd'hui, le courage me manquerait probablement de la poursuivre, parce que je n'y croirais pas. Je ne croit qu'à ce qui me coûte. Je n'ai rien fait de passable en ce monde qui ne m'ait d'abord paru inutile, inutile jusqu'au ridicule, inutile jusqu'au dégoût. Le démon de mon coeur s'appelle – À quoi bon?

Georges Bernanos, Les grands cimetières sous la lune (Préface, janvier 1937). Librairie Plon, 1938.


Ce qui serait bien, c'est que nos jours, d'eux-mêmes, se rangent derrière nous, s'assagissent, s'estompent ainsi qu'un paysage traversé. On serait à l'heure toujours neuve qu'il est. On vivrait indéfiniment. Mais ce n'est pas pour ça que nous sommes faits. Le preuve, c'est que l'avancée se complique des heures, des jours en nombre croissant qui nous restent présents, pesants, mémorables à proportion de ce qu'ils nous ont enlevé. Ils doivent finir, j'imagine, par nous accaparer. Quand cela se produit, qu'on est devenu tout entier du passé, notre terme est venu. On va s'en aller.

Pierre Bergounioux, Miette (Éditions Gallimard, 1995. Folio, p. 127).


Lorsque mon sujet me saisit, j'évoque tous mes personnages et les mets en situation. – Songe à toi, Figaro, ton maître va te deviner. – Sauvez-vous vite, Chérubin! c'est le Comte que vous touchez. – Ah! Comtesse, quelle imprudence avec un époux si violent! – Ce qu'ils diront, je n'en sais rien; c'est ce qu'ils feront qui m'occupe. Puis, quand ils sont bien animés, j'écris sous leur dictée rapide, sûr qu'ils ne me tromperont pas (...)

Beaumarchais, Préface au Mariage de Figaro (1785).


Le génie n'est que l'enfance retrouvée à volonté, l'enfance douée maintenant, pour s'exprimer, d'organes virils et de l'esprit analytique qui lui permet d'ordonner la somme des matériaux involontairement amassée.

Charles Baudelaire, Le peintre de la vie moderne, Édition de la Pléiade, p. 1159.


Le poète jouit de cet incomparable privilège, qu'il peut à sa guise être lui-même et autrui. Comme ces âmes errantes qui cherchent un corps, il entre, quand il veut, dans le personnage de chacun. (...)

Ce que les hommes nomment amour est bien petit, bien restreint et bien faible, comparé à cette ineffable orgie, à cette sainte protitution de l'âme qui se donne tout entière, poésie et charité, à l'imprévu qui se montre, à l'inconnu qui passe.

Charles Baudelaire, Les foules, in Le Spleen de Paris (1869), Édition de la Pléiade, p. 244.


Une nourriture très-substantielle, mais régulière, est la seule chose nécessaire aux écrivains féconds. L'inspiration est décidément la soeur du travail journalier. Ces deux contraires ne s'excluent pas plus que tous les contraires qui constituent la nature. L'inspiration obéit, comme la faim, comme la digestion, comme le sommeil.

Charles Baudelaire, Conseils aux jeunes littérateurs, VI; Édition de la Pléiade, p. 482.


«Votre soeur est vraiment charmante! dit Fadigati. quel âge a-t-elle?

– Douze ans: exactement huit ans de moins que moi, répondis-je, embarrassé. (...)

– Elle va au lycée, n'est-ce pas?

– Oui... elle est en cinquième...»

Il hocha la tête, dans un geste de mélancolique regret: comme mesurant en lui-même les peines et les douleurs que tous les être humains doivent connaître pour grandir et pour mûrir.

Giorgio Bassani, Les lunettes d'or (traduit de l'italien par Michel Arnaud, Gallimard 1962, folio p.384)


L'âge n'est que très partiellement un donné chronologique, un chapelet d'années; il y a des classes, des cases d'âge: nous parcourons la vie d'écluse en écluse; à certains points du parcours, il y a des seuils, des dénivellations, des secousses. (...)

Il arrive un temps (c'est là un problème de conscience) où « les jours sont comptés »: on commence un compte à rebours flou et cependant irréversible. On se savait mortel (tout le monde vous l'a dit, dès que vous avez eu des oreilles pour l'entendre); tout d'un coup on se sent mortel (ce n'est pas un sentiment naturel; le naturel, c'est de se croire immortel).

Roland Barthes, Conférence donnée au Collège de France le 19 octobre 1978.


Vous croyez à tout, moi je ne crois à rien. Gardez vos illusions, si vous le pouvez. Je vais vous faire le décompte de la vie. Soit que vous voyagiez, soit que vous restiez au coin de votre cheminée et de votre femme, il arrive toujours un âge auquel la vie n'est plus qu'une habitude exercée dans un certain milieu préféré.

Honoré de Balzac, Gobseck (propos de Gobseck à l'avoué Deville), GF Flammarion, 1984, p.81.


La marque distinctive du talent est sans doute l'invention. Mais, aujourd'hui que toutes les combinaisons possibles paraissent épuisées, que toutes les situations ont été fatiguées, que l'impossible a été tenté, l'auteur croit fermement que les détails seuls constitueront désormais le mérite des ouvrages improprement appelés romans.

Honoré de Balzac, préface de 1830 à la 1ère édition des Scènes de la vie privée. (Folio 1441, p.324)


On ne peut pas, disait-il assez littérairement, être à la fois dans l'arène et sur les gradins; lire des romans, c'est voir la vie en spectateur et c'est perdre l'appétit de la vivre pour son compte.

Marcel Aymé, Uranus  (Bibliothèque Électronique du Québec, p.111)


Les lecteurs soutiendront peut-être que la réalité et le roman ne sont pas comparables, que dans la vie, les événements surviennent spontanément, et dans le roman, selon le libre arbitre de l'auteur; c'est à la fois vrai et faux. Certes, l'auteur en invente beaucoup, cependant, une fois pris au piège, il se surprend à ne plus être qu'un chroniqueur, à constater que, dans une certaine mesure, ce n'est pas lui qui les détermine mais les personnages. (...) Quant à nous, il y a dix pages, ma foi, nous ne supposions nullement que Tassia Pyjikova reviendrait dans notre narration.

Vassili Axionov, Une saga moscovite (traduit par Lily Denis, éditions Gallimard 1995, Folio tome II, p. 355)


L'écriture a été une maladie qui m'a longtemps torturé, mais à présent j'en suis guéri.

Paul Auster, Fanshawe in La chambre dérobée (La trilogie New-Yorkaise, traduit par Pierre Furlan, Actes Sud 1991, p.327)

Tout livre est l'image d'une solitude. C'est un objet tangible, qu'on peut ramasser, déposer, ouvrir et fermer, et les mots qui le composent représentent plusieurs mois, sinon plusieurs années de la solitude d'un homme, de sorte qu'à chaque mot lu dans un livre on peut se dire confronté à une particule de cette solitude.

Paul Auster, L'invention de la solitude (Traduit par Chritine Le Boeuf, Actes Sud 1988, p.167)


Rien n'est jamais tout à fait arrivé à un homme avant qu'il ait commencé à se le mentir un peu.

Georges Arnaud, Le voyage du mauvais larron (Julliard, 1951).


Et la nostalgie, c'est de la tristesse, mais c'est aussi un peu du bonheur.

Milena Agus, Mal de pierres (traduit de l'italien par Dominique Vittoz. Editions Liana Levi 2006, p. 112)


(...) du travail qu'il fait de ses mains, vient à l'homme comme un appui, un secours dans sa lutte contre la fuite du temps: cette fuite qui, privée de tout sens et de toute fin, pèse insupportablement sur qui refuse l'action...

Kôbô Abe, La femme des sables (1964). Traduit du japonais par Georges Bonneau. Bibliothèque cosmopolite Stock, 1993, p. 251


Une fois qu'on a goûté à la beauté artistique, la vie change. Une fois qu'on a entendu chanter le choeur Monteverdi, la vie change. Une fois qu'on a contemplé Vermeer de près, la vie change. Quand on a lu Proust, on n'est plus le même. Ce que je ne sais pas, c'est pourquoi.

Jaume Cabré, Confiteor (traduit du catalan par Edmond Raillard), Actes Sud, 2013, p. 487.


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